Oui, les pompes à chaleur air-eau modernes fonctionnent à −10 °C, et descendent même jusqu'à −15 °C ou −20 °C selon le fluide frigorigène. Ce qui change : le COP réel chute (de 4 à 2 environ), la PAC dégivre plus souvent, l'appoint électrique se déclenche parfois pendant les pointes. Mais la chaleur reste assurée, à condition que la PAC ait été dimensionnée pour le climat local.

Comment une PAC tient le grand froid

Une pompe à chaleur air-eau capte les calories de l'air extérieur. Quand il fait −10 °C, il reste encore des calories à pomper — l'air contient de l'énergie thermique jusqu'à des températures très basses. Le compresseur doit simplement travailler plus pour les transférer vers le circuit de chauffage à 35 ou 55 °C.

Ce qui se passe sur l'unité extérieure :

  • Le ventilateur tourne plus vite pour brasser plus d'air.
  • Le compresseur monte en régime (sa puissance électrique augmente).
  • Le COP — chaleur produite divisée par électricité consommée — chute.
  • Le givre se forme plus rapidement, donc les cycles de dégivrage s'enchaînent (3 à 8 par jour en conditions humides).

Le COP à différentes températures

Température extérieureCOP typique (PAC R32)COP typique (PAC R290)
+7 °C4,0 à 4,54,5 à 5,0
+2 °C3,2 à 3,53,8 à 4,2
−7 °C2,3 à 2,82,8 à 3,3
−10 °C2,0 à 2,42,5 à 2,9
−15 °C1,5 à 1,92,0 à 2,4
−20 °Climite / appoint1,5 à 1,9

Les PAC R290 (propane) tiennent mieux le grand froid — c'est l'avantage principal de ce fluide pour les zones de montagne et le climat continental. Les PAC R32 plafonnent autour de −15 °C avant que l'appoint prenne le relais.

Le rôle de l'appoint électrique

Toute PAC air-eau intègre une résistance électrique d'appoint (3 à 9 kW). Elle se déclenche dans deux cas :

  • Quand la température extérieure passe sous le point de bivalence programmé (généralement entre 0 et −5 °C en France).
  • Quand la maison demande plus de chaleur que la PAC peut fournir à cet instant (cas du début de chauffe après un week-end en consigne basse).

L'appoint électrique fonctionne à COP 1 — 1 kWh d'électricité donne 1 kWh de chaleur. Donc à activer le moins possible, mais utile pour traverser les rares pics de froid sans avoir à surdimensionner la PAC.

Combien de jours par an la PAC tourne sous −10 °C ?

Sur une station météo type :

  • Climat océanique (Bretagne, Aquitaine) : 0 à 5 jours par an sous −5 °C, presque jamais sous −10 °C.
  • Climat continental (Paris, Lyon) : 5 à 15 jours par an sous −5 °C, 0 à 3 sous −10 °C.
  • Climat montagnard (Jura, Alpes, Massif central) : 15 à 40 jours sous −5 °C, 5 à 15 sous −10 °C.

Le surcoût annuel lié à ces pointes est de quelques dizaines d'euros en plaine, 100 à 200 € en montagne. Marginal sur le total de la facture annuelle.

Ce qu'il faut demander à l'installateur en zone froide

  1. Le SCOP à climat froid (zone H1 dans la norme EN 14825), pas seulement le SCOP nominal.
  2. Le COP à −7 °C, parfois noté COP A-7/W35 (eau à 35 °C) ou A-7/W55 (eau à 55 °C).
  3. La température minimale de fonctionnement garantie par le constructeur (−15 °C ? −20 °C ?).
  4. Le point de bivalence programmé et la possibilité de le modifier après le premier hiver.

Les PAC R290 et certaines R32 « basse température » sont conçues pour ces climats. Demandez le bilan thermique : il doit prendre la température de base de votre commune (DJU et T base RT), pas une valeur générique.